Du 04 au 12 octobre dernier, la capitale togolaise a été rythmée par la Semaine photographique de Lomé (SEPHOLO), un évènement qui a pour but d’encourager et de promouvoir la création photographique et vidéo. Sur une idée d’Emelyne MEDINA, commissaire de la manifestation, six expositions ont eu lieu dans différents endroits de la capitale avec une vingtaine de photographes et vidéastes. Parmi la centaine d’œuvres exposées, une a particulièrement retenu mon attention. Il s’agit de Silence ! on (se) tue de EDOH YANNICK N’TIFAFA, la seule vidéo présentée à cette première édition de la SEPHOLO. J’ai interrogé le réalisateur pour en savoir plus sur sa vidéo.
EDOH YANNICK N’TIFAFA est un scénariste, auteur-réalisateur et photographe et également producteur, titulaire d’un master 2 en réalisation/production documentaire de création obtenu à l’Université Gaston Berger de St Louis au Sénégal. Depuis 2017, il enseigne la sémiologie de l’image et du son dans une université privée de la place.
Vous avez participé à la SEPHOLO avec une œuvre vidéo
assez originale, pourquoi avoir proposé une vidéo ?
C’était un challenge à relever. La SEPHOLO est le premier festival du genre au Togo et était à sa première édition. Je profite donc de cette occasion pour remercier et féliciter l’initiatrice de l’événement Mme Emelyne MEDINA, ses collaborateurs, tous les artistes qui ont participé au festival sans oublier le jury.
Contrairement à ce que son nom évoque, la SEPHOLO est un festival destiné aux photographes et aux vidéastes. Aussi mon œuvre est-elle plutôt une vidéo d’art de 3 minutes.
J’ai proposé une vidéo parce que, pour moi, c’était le seul moyen de susciter les émotions que j’ai voulu transmettre. Et cela a plutôt bien marché. Mon objectif est atteint car il y a eu un réel engouement auprès des passionnés présents le jour du vernissage et des autres jours de l’exposition. Certes, je n’ai pas eu le premier prix (7e sur 23) mais je remercie tous ceux qui ont soutenu mon projet de près ou de loin; surtout ma grande-soeur et mon fidèle coéquipier Daniel Amouzou-Lanta qui a même accepté jouer dans cette vidéo.
Silence ! on (se) tue, est une série d’une dizaine de petites vidéos de quelques secondes chacune. Elle met en scène un personnage qui met en scène le togolais incivique qui confond certains lieux publics avec des toilettes à ciel ouvert et des dépotoirs.
Image extraite de Silence ! On (se) tue
Vous avez l’habitude d’aborder le sujet des violences
faites aux femmes, mais cette œuvre parle de l’environnement, pourquoi un tel
changement ? qu’est-ce qui vous a inspiré ?
Rien n’a changé.
Je suis toujours dans mon thème de prédilection: la société. Je crée toujours
en m’inspirant de la société pour mieux l’impacter et l’amener à se poser
certaines questions… Pour réaliser cette vidéo-art intitulée Silence! On (se)
tue, je me suis inspiré des mauvaises habitudes de Loméen.ne.s qui salissent la
ville et la polluent. J’ai donc mis en place une relation entre le
réchauffement climatique, la pollution de la mer et la déforestation, avec les
habitudes inciviques de Loméen.ne.s, ils urinent, défèquent et jettent des
ordures dans les rues. Il est vrai que les Africains subissent les effets du
climat causés par d’autres pays très polluants mais, s’ils ne deviennent pas
écoresponsables, ils seront à l’avenir les plus gros pollueurs. On doit donc
agir pour notre survie.
Le titre de l’œuvre est assez évocateur, quel message
voulez-vous faire passer à travers cette œuvre ?
Je crois que c’est
nous-mêmes, êtres humains, que nous tuons par la déforestation, la pollution,
les émissions des gaz à effet de serre, etc… Si nous ne corrigeons pas nos
habitudes, c’est nous qui partirons. La planète subsistera, pas nous. Il nous
revient de nous adapter et de revoir nos habitudes si nous tenons réellement à
y vivre encore longtemps.
Quelle suite réservez-vous à cette œuvre ?
L’intention est de faire des projections un peu partout à Lomé et dans les autres villes du Togo et d’Afrique. Il faut qu’on prenne réellement conscience de la situation. Et pour que cela puisse se faire, tous soutien et partenariat seraient les bienvenus.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
J’ai fait un film avec mes étudiants de l’Ecole des Cadres qui sera diffusé, par la grâce de Dieu, au mois de décembre 2019. Je prépare également mon premier long-métrage documentaire qui aborde la thématique de l’émigration: pourquoi les marchandises peuvent-elles circuler et pas les hommes ? En outre, je compte diffuser très prochainement mon court-métrage dans plusieurs centres culturels de Lomé dans la ferveur de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes célébrée chaque 25 novembre. Les dates et lieux des projections seront communiqués ultérieurement. Restez à l’écoute !
Filmographie
Sur le chemin…, long métrage de fiction, 2014.
Sunu biir*, court-métrage documentaire, 2017
Je suis, court-métrage documentaire, 2019 (2e prix documentaire lors de la semaine de la cinématographie togolaise en juillet 2019)
Silence! on (se) tue, court-métrage, 2019
(*) Nous-mêmes, en Wolof (langue parlée au Sénégal)